Tout a commencé lorsque l'artiste a souhaité que ses portraits réalisés à partir d'empreintes digitales deviennent de véritables autoportraits, au plus près d'une représentation biométrique de la personne.
En constatant que toute personne pouvait réaliser son propre portrait, une question s'est rapidement imposée : à qui transmettre cette pratique, et dans quel but ?
L'hôpital Beaujon : premiers ateliers
Devenu père récemment, il entreprend alors un travail rétrospectif. Nous sommes vers 2007. Il comprend qu'il est arrivé à ce point de son parcours pour deux raisons principales.
La première est que cette pratique lui a permis de trouver un champ d'expression qui lui est propre, lui offrant un moyen de s'extraire de sa dyslexie et surtout de sa dysorthographie. Après avoir traversé une période de profonde dépression durant l'enfance, l'art devient pour lui un espace d'expression et de reconstruction.
La seconde est la prise de conscience qu'il est en train de construire une œuvre, et que cette œuvre dépasse sa seule personne. Elle devient un lieu de transmission.
Comme il aime le dire, deux constantes structurent sa vie : son épouse et sa peinture. Toutes deux sont des repères qui lui permettent d'avancer et de transmettre.
Le travail sur l'empreinte est alors compris comme un questionnement sur l'identité, mais surtout sur ce que nous transmettons de nous-mêmes. L'empreinte n'est pas seulement ce qui nous définit, elle est aussi ce que nous laissons derrière nous. Créer devient ainsi un acte de transmission : une trace, une présence, une mémoire. À travers cela, l'artiste cherche à donner une continuité au fait même de disparaître. L'œuvre devient un objet de transmission, susceptible de traverser le temps et de relier les générations.
Cette réflexion le conduit à ouvrir sa pratique à d'autres, en particulier à des personnes pour lesquelles la question de la transmission est essentielle, afin de partager non seulement une expérience artistique, mais aussi une manière d'habiter le temps et la relation aux autres.
Il propose alors son projet au service de soins palliatifs de l'hôpital Beaujon et commence, en 2010, à travailler avec les patients du service de cancérologie.
Les premières œuvres participatives
Dans ces premières œuvres participatives, l'identité de la personne est transmise à travers différents éléments biométriques : l'empreinte digitale, le visage et la voix. Ils deviennent des supports de mémoire, transformant chaque réalisation en objet de transmission entre la personne, ses proches et le sectateur.
Mais l'artiste découvre rapidement que la transmission ne concerne pas uniquement le résultat final. Elle se joue aussi dans l'instant même de la rencontre. En proposant un projet artistique à des personnes malades, il observe que quelque chose circule : une attention, une présence, une parole partagée.
Par l'occupation des mains, par le dialogue et par le partage, cette pratique transmet un rapport au présent, à l'émotion, et au sentiment d'exister pleinement dans l'instant.
Dialogues et témoignages
Peu à peu émergent les œuvres participatives collectives.
C'est grâce au personnel du service de cancérologie, qui souhaite lui aussi transmettre et partager une expérience commune, qu'est née la première œuvre collective.
À partir de ce moment, l'œuvre devient un véritable dispositif de transmission collective. Chaque participant y dépose son empreinte , et l'ensemble forme une image commune. Le sens de l'œuvre ne réside pas uniquement dans sa forme finale, mais dans ce qu'elle dit du lien entre les personnes.
Ces réalisations deviennent alors une métaphore de la société humaine : chaque individu, par son empreinte unique, donne une part de lui-même à un ensemble plus vaste, qui à son tour sera transmis aux générations futures.
La révélation de l'œuvre
L'artiste ne révèle jamais à l'avance ce que représentera l'œuvre finale. Cette part d'inconnu fait partie du processus lui-même. L'œuvre se construit dans le temps, au fil des rencontres et des échanges.
Une fois achevée, les participants sont invités à la découvrir lors d'un vernissage. Réunis devant le tableau recouvert d'un rideau rouge, ils découvrent ensemble ce qu'ils ont créé. Ce moment devient à son tour un temps de communion : celui de l'émotion, du souvenir et de la reconnaissance de ce qui a été partagé.
Des publics très divers
De nombreuses œuvres collectives ont ainsi été réalisées avec des publics très divers : patients, visiteurs d'hôpitaux, étudiants d'université, visiteurs de sites sensibles, personnes sans domicile fixe, personnels de bailleurs sociaux, rescapés et proches de victimes des attentats du 13 novembre 2015, participants aux commémorations, élèves d'IME, et bien d'autres encore.
L'œuvre devient un espace où chaque participant, par son empreinte unique, transmet une part de lui-même à un ensemble plus vaste. Une mémoire collective qui traverse le temps et relie les générations.